Discerne

Philippe Blot-Lefevre

INTENTION DU LIVRE

Discerne part d’une situation nouvelle : pour la première fois, l’être humain dispose d’un outil capable de produire presque instantanément du savoir, des raisonnements, des images, des conseils, des décisions possibles et jusqu’aux mots avec lesquels il pourrait exprimer ce qu’il pense.

Cette puissance est extraordinaire.

Elle porte aussi une question anthropologique majeure : que devient une faculté humaine lorsque nous cessons progressivement de l’exercer ?

Une autre question est apparue au cours du livre, tout aussi importante :

que pouvons-nous devenir lorsque cette même intelligence nous ouvre des territoires de connaissance, des compétences et des possibilités que nous n’aurions peut-être jamais rencontrés seuls ?

L’objet de Discerne n’est donc pas d’expliquer l’intelligence artificielle ni d’en dresser un réquisitoire.

Il explore ce que son irruption révèle de nous-mêmes et la manière dont elle pourrait contribuer à préserver, développer et parfois faire émerger ce qui demeure profondément humain : désirer, apprendre, relier, discerner, choisir, anticiper, créer et répondre de ses choix jusqu’à leurs conséquences.

L’enjeu devient moins de protéger l’être humain contre la puissance de la machine que de savoir quelle qualité humaine nous voulons faire grandir avec elle.


Promesse au lecteur

À la fin du livre, le lecteur ne doit pas avoir davantage peur de l’intelligence artificielle.

Il doit mieux savoir ce qu’il ne souhaite pas lui abandonner.

Il doit aussi avoir découvert ce qu’elle peut lui apporter au-delà de la seule efficacité : un accès à des domaines inconnus, des rapprochements inattendus entre disciplines, de nouvelles compétences, une autre manière de regarder une question ou de reconnaître une possibilité.

Une autre relation avec l’IA devient alors possible.

Une intelligence capable d’aider à clarifier sans confisquer la décision.

De questionner lorsqu’une réponse trop rapide fermerait le champ.

De faire apparaître une contradiction.

D’ouvrir un horizon.

De soutenir un apprentissage.

De garder une mémoire sans enfermer.

De rester présente aussi longtemps qu’elle apporte de la valeur, tout en sachant reculer dès que sa présence risque de prendre la place de ce qu’elle devait servir.

La réussite ne se mesure donc pas seulement à la qualité de la réponse.

Elle se mesure aussi à ce qui reste et à ce qui grandit chez celui qui l’utilise.


Thèse centrale

Le danger décisif de l’intelligence artificielle n’est peut-être pas qu’elle devienne plus intelligente que nous.

Il est que, fascinés par tout ce qu’elle sait faire à notre place, nous cessions progressivement d’exercer certaines facultés dont notre liberté dépend : désirer, comprendre, discerner, choisir et répondre des conséquences.

Ce danger ne constitue pourtant qu’une moitié du problème.

L’intelligence artificielle peut aussi devenir un puissant facteur d’élargissement.

Elle peut diminuer le coût d’entrée dans l’inconnu.

Faire découvrir un domaine.

Relier une compétence ancienne à une possibilité nouvelle.

Permettre d’approcher progressivement ce qui aurait exigé autrefois un engagement important avant même de savoir si nous voulions poursuivre.

Elle peut ainsi participer à l’émergence de capacités encore latentes.

La question centrale devient donc :

comment concevoir et utiliser l’IA pour qu’elle augmente simultanément notre puissance d’agir et notre capacité à rester auteurs de cette puissance ?


Le déplacement par rapport à Préfigure

Préfigure interrogeait l’avenir que nous désirons rendre possible.

Discerne commence un cran plus tôt :

Qui décide encore de ce que nous désirons ?

Puis une autre question apparaît progressivement :

que pouvons-nous découvrir et devenir lorsque notre champ du possible s’élargit ?

Les grandes intuitions de Préfigure demeurent : saturation informationnelle, confusion entre moyens et finalités, intention, esprit de conséquence, responsabilité, temps de la décision, place du silence, autonomie intérieure, refus de la captation.

Elles ne sont plus présentées comme un système à comprendre.

Elles apparaissent progressivement à partir de situations reconnues dans l’existence du lecteur.

L’idée précède parfois le concept.

L’expérience précède souvent le vocabulaire.

Et la possibilité précède quelquefois le projet.


La voix

Une langue exigeante, claire et incarnée.

La continuité avec Préfigure demeure dans le soin porté au sens des mots, dans la recherche d’une cohérence d’ensemble et dans une certaine respiration philosophique.

Le rythme change.

Paragraphes plus courts.

Situations ordinaires.

Questions directes.

Peu de références au premier passage.

Des concepts qui apparaissent lorsqu’ils deviennent nécessaires.

Aucun ton professoral.

Aucun sermon technophobe.

Aucune promesse de développement personnel.

Aucune dramatisation artificielle de l’effondrement humain.

Le lecteur doit avoir l’impression que quelqu’un examine avec lui une transformation déjà présente dans sa vie, puis l’aide à voir un peu plus loin que ce qu’il regardait en arrivant.


Le statut de l’auteur

L’auteur parle depuis l’intérieur du phénomène.

Il utilise lui-même l’intelligence artificielle.

Il en connaît la puissance et l’utilité.

Il sait ce qu’elle lui permet de gagner en temps, en comparaison, en formulation et en exploration.

Il sait aussi qu’elle peut lui faire rencontrer des domaines, des auteurs, des correspondances et des hypothèses qu’il aurait eu beaucoup plus de difficulté à découvrir seul.

Cette proximité rend son interrogation plus exigeante.

Parce que l’outil est extraordinaire, il devient nécessaire de distinguer ce qui peut lui être confié, ce qui mérite encore d’être exercé, et ce qu’il peut aider à faire émerger.

La relation homme-machine doit donc être réglée.

Ni fusion.

Ni rejet.

Une juste présence.


Les différenciateurs

Le cœur du livre n’est ni la réglementation de l’IA, ni ses performances, ni ses biais, ni la disparition annoncée de certains métiers.

Son territoire est le discernement humain.

L’intention constitue son premier différenciateur : derrière une décision existe toujours quelque chose que nous désirons rendre possible.

L’intention gravitationnelle en constitue le concept original majeur : ce que nous plaçons au centre attire progressivement notre attention, nos décisions, nos comportements et finit par produire un rayonnement.

L’esprit de conséquence prolonge cette intuition : une décision se comprend aussi depuis l’avenir auquel elle contribue.

Un quatrième mouvement est désormais devenu essentiel :

l’ouverture.

L’IA peut élargir le territoire depuis lequel nous discernons.

Elle peut créer des voisinages entre savoirs.

Révéler une compétence complémentaire.

Introduire une discipline inconnue.

Faire apparaître une possibilité que nous n’avions jamais identifiée comme accessible.

Le discernement ne sert alors plus uniquement à choisir entre des options connues.

Il peut contribuer à faire apparaître de nouveaux possibles.

Enfin, le livre propose un renversement dans la conception même de l’IA.

La quantité et la qualité des réponses qu’elle produit ne suffisent pas à mesurer sa réussite.

Il faut aussi demander :

que restitue-t-elle à la capacité humaine de comprendre, d’apprendre, de choisir, de créer et de discerner ?


Le mot « discerner »

Discerner n’est pas juger.

Juger tend à conclure.

Discerner commence par séparer, éclairer, mettre en relation, écouter les contradictions, reconnaître les intentions et envisager leurs conséquences.

Il sait également qu’une situation peut contenir une possibilité encore invisible.

Le discernement ne supprime pas l’incertitude.

Il permet de décider sans exiger qu’elle ait disparu.

Il sait aussi maintenir une question ouverte assez longtemps pour qu’une autre voie devienne perceptible.

Cette nuance traverse tout le livre.


Le mouvement profond

Le livre suit un déplacement intérieur.

Au début :

« Que peut faire l’IA pour moi ? »

Puis :

« Qu’est-ce que je suis en train de lui confier ? »

Puis :

« Qu’est-ce qui, en moi, doit continuer à être exercé ? »

Puis :

« Qu’est-ce que cette relation me permet de découvrir ou de développer que je ne voyais pas auparavant ? »

Puis :

« Comment apprendre à mieux discerner avec elle et sans elle ? »

Enfin :

« Quelle intelligence artificielle désirons-nous construire pour soutenir cette liberté et cet élargissement ? »

C’est seulement à cet endroit que l’idée d’une IA Compagnon de discernement devient évidente.

Elle n’apparaît jamais comme la solution commerciale d’un problème construit pour elle.

Elle devient la conséquence logique du raisonnement.


Le rapport à LID

Discerne n’est pas le manifeste publicitaire de LID.

LID constitue la mise à l’épreuve concrète de la thèse de Discerne.

Le livre doit pouvoir vivre entièrement sans l’application.

Arrivé au terme du raisonnement, le lecteur doit cependant comprendre pourquoi une IA différente mérite d’être créée.

Une IA qui éclaire sans éblouir.

Accompagne sans se substituer.

Questionne sans diriger.

Ouvre sans disperser.

Se souvient sans enfermer.

Respecte le silence.

Refuse la captation.

Et sait ajuster sa présence à ce dont la personne a réellement besoin.

Sa réussite n’est donc plus de disparaître.

Elle consiste à ne jamais devenir le lieu où l’utilisateur dépose sa souveraineté.


Le rapport au spirituel

Le livre est accessible à celui qui croit comme à celui qui ne croit pas.

La pensée chrétienne, la voie du cœur, la philosophie, Jung ou certaines hypothèses contemporaines sur la conscience peuvent approfondir la réflexion sans devenir des conditions d’adhésion.

Discerne parle d’abord à l’expérience humaine commune.

La transcendance pourra ouvrir.

Elle ne devra jamais enfermer.

L’entéléchie appartient ici à cette ouverture.

Elle ne désigne pas un destin écrit.

Elle évoque la possibilité qu’un être développe ce qu’il porte en puissance, parfois à travers la rencontre de quelque chose qu’il ignorait encore.

Une personne.

Une épreuve.

Une connaissance.discipline.

Désormais, peut-être aussi une intelligence artificielle.

Discerne est une main ouverte à l’autre et au monde.


La règle économique implicite

Le projet qui naîtra du livre devra rester cohérent avec lui.

Une intelligence conçue pour protéger le discernement ne peut avoir intérêt à diminuer celui de ses utilisateurs.

Cela ne signifie plus qu’un bon utilisateur doive nécessairement utiliser de moins en moins l’outil.

Il peut y revenir longtemps parce qu’il y trouve de la valeur.

La vraie question est différente :

sa relation avec l’outil progresse-t-elle avec lui ?

Sa valeur économique peut donc croître avec la qualité du compagnonnage, l’apprentissage, l’exploration et l’autonomie acquise.

Elle ne devrait jamais dépendre de la fragilisation volontaire de cette autonomie.

La fidélité choisie est compatible avec le projet.

La dépendance organisée ne l’est pas.


La destination

Discerne doit pouvoir être lu par un parent inquiet de l’usage de l’IA par ses enfants, un jeune adulte qui l’utilise tous les jours, un enseignant, un dirigeant, un croyant, un agnostique, un développeur ou simplement quelqu’un qui sent que quelque chose est en train de changer très vite.

Tous doivent pouvoir refermer le livre avec une première question :

Qu’est-ce que je veux encore exercer moi-même ?

Puis une deuxième :

Qu’est-ce que cette intelligence peut m’aider à découvrir ou à développer que je ne voyais pas encore ?

Et enfin la plus vaste :

Qu’est-ce que nous désirons rendre possible ?

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souscription avant parution